Portrait de femmes. Margot Ducancel.

Par Isabelle Escande

On a eu la chance de rencontrer Margot Ducancel, fondatrice de Rouge aux lèvres. Pétillante, au ton décontracté, elle bouscule le monde du vin avec son approche décomplexée et le public qu’elle a initialement choisi : les femmes.

Cette experte en oenologie a commencé, en effet, avec la création d’un club de dégustation 100% féminin. Des rendez-vous autour d’un verre où les participantes peuvent poser des questions sans crainte d’être jugées. Aujourd’hui, Rouge aux lèvres, c’est une agence d’événementiel, un média et un club de dégustation. Une formule qui séduit donc, et pas seulement les femmes…

Comment es-tu entrée dans le monde du vin ? Des « antécédents familiaux » ?

Alors non pas du tout, je viens de Picardie, une région qui n’est pas une région de tradition viticole contrairement à d’autres. Chez moi, on aimait les belles tables, mais on n’avait pas de grande cave. Pas vraiment pour les études non plus, ma première passion, c’était l’histoire de l’art, et j’ai fait des études pour être experte en bien culturel, une formation de commissaire-priseur, spécialisée en peintures et dessins anciens. Et c’est un peu par hasard que je suis tombée dans le monde du vin grâce à un stage chez Artcurial, la célèbre maison de vente aux enchères, où j’ai atterri par erreur dans la section vin. 

Le hasard fait bien les choses…

J’y ai vu défiler de grandes bouteilles, des grands crus. Je ne connaissais rien, mais j’ai appris peu à peu, et comme j’ai toujours voulu avoir un domaine d’expertise avec des valeurs fortes, où je pouvais apprendre toute ma vie, ça a été comme un déclic. Ensuite, j’ai fait des piges pour Cuisine et Vins de France, car j’aimais aussi beaucoup écrire, et je suis venue à réaliser des croisières gastronomiques où j’ai commencé à faire des contacts dans le monde vinicole et à assister à beaucoup de séances de dégustation. Puis, j’ai monté une agence de communication pour les petits vignerons, ensuite j’ai passé des diplômes pour me perfectionner dans la dégustation.J’ai aussi travaillé dans l’e-commerce, toujours avec cette volonté d’apprendre, sur le terrain surtout.  

Qu’est-ce qui t’a amenée à créer Rouge aux lèvres ?

Mes copines me posaient beaucoup de questions sur le vin, alors je me suis dit qu’il y avait vraiment un truc à faire avec les filles. Et j’ai commencé le blog pour un peu décomplexer l’approche du vin, en mode journal féminin (quel vin boire avec mon plan cul…). J’organisais aussi des séances de dégustation à la maison, toujours avec mes copines qui invitaient elles-aussi des copines. On commençait à être beaucoup. Et je prenais beaucoup de plaisir à faire ça, car je sentais qu’il y avait là un vrai intérêt pour apprendre, pour se retrouver entre elles et poser des questions sans crainte d’être jugées. Maintenant avec mon club, on organise entre autres des séances de dégustation 100% féminines où la parole est libre, et le langage assez cash, mais clair et parlant, sans le ton prétentieux ou élitiste qui est traditionnellement lié aux conversations sur le vin. 

Qui sont les membres de ton club ? 

Je suis à Paris, donc beaucoup de Parisiennes, mais avec les séances en ligne, le public s’est diversifié. Il y a aussi des hommes, car les membres peuvent, pour certaines éditions, faire venir des invités. Il y a des néophytes, mais aussi des personnes plus expertes, même des sommelières qui apprécient la façon dont je parle du vin. Je donne les bases pour apprendre à déguster un vin, des conseils quand on est au supermarché, au restaurant. On parle des grandes régions viticoles, mais aussi des vignobles moins connus. Il y a aussi cette volonté de connaître les bons plans, les pépites moins réputées, les cépages oubliés… Les vins bio intéressent aussi, le vin nature, la biodynamie. Et c’est pour moi quelque chose de très important, la biodynamie, parce que ça relève d’un engagement, d’une affirmation de certaines valeurs.

Tu as une démarche pédagogique, mais tu donnes aussi la parole aux acteurs du vin, notamment des femmes, grâce à tes lives sur Instagram. As-tu l’impression qu’elles ont besoin d’être entendues, voire représentées ces femmes du monde vinicole ?

Les choses ont quand même bien changé. Aujourd’hui, elles sont nombreuses à travailler dans la filière du vin. L’époque où les femmes n’avaient pas le droit d’entrer dans les chais pour ne pas ”faire tourner le vin” est révolue. Quand j’ai commencé, dans les foires à vin et dans les séances de dégustation, on était deux ou trois, mais maintenant ça n’a rien à voir. Même s’il y a encore des choses à faire, il y a aujourd’hui beaucoup de femmes vigneronnes ou sommelières…

Et l’expression “vin de femme” ?

Je ne suis pas très fan de cette expression, et je crois que les vigneronnes non plus. La différence n’est pas entre hommes et femmes, plutôt entre les valeurs et l’engagement que chacun y met.

Y a-t-il des personnalités féminines du secteur du vin qui t’ont particulièrement marquée ? 

Il y en a beaucoup. Je ne les connais pas personnellement, mais ce sont des femmes engagées qui se démarquent par leur constance. Caroline Frey, par exemple, une vigneronne qui gère trois domaines viticoles parmi les plus prestigieux de France et qui, en même temps, travaille quelques parcelles en Suisse dans le Valais, là où elle s’est installée. C’est une bosseuse, elle courre aussi.  Et puis, elle a reconverti ses trois domaines en biodynamie. Ou encore Vanessa Cherruau, vigneronne au cœur de l’Anjou. Pareil, elle fait de la biodynamie, c’est une femme de conviction. Elle fait de beaux chenins sans aucun intrant. Ou encore Claire Villars Lurton qui dirige Château Ferrière, un Grand Cru Classé Margaux. Elle le travaille en bio et bientôt en biodynamie.

Des femmes qui participent à l’écriture d’une nouvelle page de l’histoire viti-vinicole française… Merci Margot pour cet entretien très enrichissant et plein d’espoir ! Cliquez ici pour entrer dans l’univers de Rouge aux lèvres ! Et ne manquez pas ses lives sur Instagram…

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