Lorsque l’humour s’en mêle

Par Isabelle Escande

Calembours, étiquettes interactives, noms lubriques… De plus en plus de vignerons, souvent adeptes de la biodynamie, font le choix de s’affranchir des codes strictes et sérieux du monde viti-vinicole et jouent la carte de l’humour pour présenter leurs vins. 

Depuis une dizaine d’années, c’est la révolution dans le monde du vin. Une nouvelle génération de vignerons se plaît à bousculer les codes du monde vinicole. Si certains considèrent leurs créations, qui font voler en éclat les conventions, de simples coups marketing, d’autres voient dans ces actes de rébellion une façon de revendiquer un nouveau vin, léger et libre, loin des artifices et du protocole. D’ailleurs, la plupart du temps, ces vignerons décomplexés prônent un vin naturel et éthique qu’aucun label ne régit. Partons à la découverte de ces joyeux rebelles qui n’ont pas peur de mettre à mal les sacro-saintes traditions vinicoles !

Jeux de mots et clins d’oeil allègres

Les Domaines et Châteaux n’ont qu’à bien se tenir ! ils n’occupent plus aujourd’hui toute la scène. D’autres vins aux noms beaucoup plus rigolos entendent bien se faire entendre. Plusieurs vignerons, surtout dans les régions émergentes comme le Languedoc ou en Touraine, n’hésitent pas à jouer sur les mots, les connotations et les sonorités pour baptiser leurs cuvées ! Voyez, par exemple, le vin La Pie Colette du domaine Mouthes le Bihan ou To Bi Or Not To Bi d’Armaud de Villeneuve ! Souvent, le nom fait référence à un film ou au titre d’une chanson, ce qui assure immédiatement le sourire complice de l’acheteur potentiel. 

Parfois, ce n’est pas le nom, mais le dessin de l’étiquette qui se prête à l’humour et à la légèreté, surtout quand c’est un grand qui a pris la plume ! Wolinkski a signé quelques-unes des étiquettes du Château Renaissance de Bordeaux. 

Les vins et le jeu

Dans cette logique de désacralisation du vin, certains vignerons n’hésitent pas associer le monde vinicole avec celui du jeu. C’est le cas de Xavier Vignon, un oenologue hors-norme qui a placé sa série Arcane sous le signe du mystère et du jeu. Chaque cuvée représente une carte de tarot (Le Fou, le Soleil, l’Hermite, le Pape, etc.). Elle est l’expression d’un millésime, d’un cépage ou d’un terroir, et n’est vinifiée qu’une seule fois. Avis aux amateurs de perles rares !

D’autres ont également utilisé leur étiquette pour représenter des jeux à énigmes, comme c’est le cas de la Finca de la Rica, une bodega espagnole qui présente une série de vins singulière et ludique. El Nomada 2016 affiche, en clin d’oeil joyeux à son nom, un jeu de labyrinthe.

Des bouteilles connectées

L’intelligence artificielle est parfois aussi sollicitée pour élargir les champs du possible du jeu. Par le simple téléchargement d’une application et une photo de la bouteille, cette dernière s’anime et raconte. On peut, par exemple, y trouver des indications sur le vin (robe, nez, bouche) qui donnent des réponses à une dégustation à l’aveugle.

D’autres sont même allés plus loin dans cette quête de l’interaction grâce à l’appui du digital. Le géant australien Treasury Wine Estate a lancé avec sa gamme 19 Crimes une série de bouteilles… qui parlent ! Les vins rendent hommage aux Britanniques condamnés à l’exportation en Australie à la fin du XVIIIe et au XIXe siècles à la suite de la promulgation d’une loi se basant sur 19 crimes identifiés. Grâce à une appli, les bagnards sur l’étiquette racontent leur mésaventure.

Avec ces initiatives connectées, on s’éloigne bien sûr des valeurs prônées par les vignerons indépendants adeptes d’un vin nature et sans artifice. Par contre, la volonté de désacraliser le monde du vin est bel et bien présente.

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